FILIERE OLEICOLE : SITUATION ET PERSPECTIVES D’AVENIR

Catégorie : Agriculteur Mis à jour : vendredi 25 octobre 2019

Mohammed Berrichi

Direction de la Production Végétale

L’olivier, de par ses fonctions multiples de lutte contre l’érosion, de valorisation des terres agricoles et de fixation des populations dans les zones de montagne, constitue la principale spéculation fruitière cultivée au Maroc avec environ 560.000 Ha, soit près de 55% du verger arboricole national. Il s’étend sur tout le territoire national, exception faite de la bande côtière Atlantique, en raison de ses capacités d’adaptation à tous les étages bioclimatiques, allant des zones de montagne (1.200 mm) aux zones arides et sahariennes (moins de 200 mm).

Le secteur oléicole assure une activité agricole intense permettant de générer plus de 11 Millions de journées de travail/an, soit l’équivalent de 55.000 emplois permanents. Il permet de garantir l’approvisionnement d’unités de trituration industrielles et traditionnelles et d’une cinquantaine de conserveries. Il contribue également à combler, à hauteur de 16 % notre déficit en matière d’huiles alimentaires (50.000 T).

1- Caractérisation du patrimoine oléicole national

1.1- Verger oléicole et sa localisation

Bien que l'olivier intéresse tout le territoire national, la répartition géographique de ce patrimoine fait ressortir quatre grandes zones oléicoles bien distinctes, comme le montre le graphique suivant : La superficie oléicole irriguée, au niveau national, porte sur 220.000 ha soit près de 40% de la superficie totale complantée en olivier. L'irrigation pérenne est localisée au niveau des zones d'action des Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole et s'étend sur une superficie d'environ 40.000 Ha. Le reste, soit 180.000 Ha est conduit en irrigation d'appoint et englobe principalement les régions de Marrakech, Béni Mellal, Azilal, Taza, El Kelaâ, Boulemane, Oujda et Nador.

1.2- Pyramide des âges

La répartition du patrimoine oléicole national selon l'âge, fait ressortir trois catégories bien distinctes :

  • Plantations de 0-15 ans : 26 Millions de pieds (40%) ;
  • Plantations de 16-50 ans : 29 Millions de pieds (45%) ;
  • Plantations > 50 ans : 10 Millions de pieds (15%).

Le verger marocain est par conséquent équilibré ; contrairement à d’autres plantations telles que les agrumes. Les vieilles plantations ne représentent qu’environ 16% de ce patrimoine.

1.3- Profil variétal

L'oléiculture nationale est constituée essentiellement de la variété population "Picholine Marocaine" qui représente plus de 96% des plantations. Le reste, soit 4 %, est constitué de plusieurs variétés, en particulier : Picholine du Languedoc, Dahbia et Mesllala concentrées essentiellement en irrigué (Haouz, Tadla, El Kelaâ) et de quelques variétés espagnoles et italiennes (Picual, Frantoio, Manzanille, Gordal Sévillane, etc...).

1.4- Techniques culturales

Au niveau des zones de montagne l'olivier ne bénéficie en général d'aucun entretien, exception faite de certaines tailles de nettoyage et d'élagage du bois mort. Les travaux du sol au niveau de ces zones sont destinés principalement aux cultures intercalaires (céréales et légumineuses).

Quant aux zones du bour favorable, les techniques les plus pratiquées portent sur le travail du sol, la taille (annuelle ou bisannuelle) et la fertilisation destinée, en partie, aux cultures intercalaires représentées dans ces zones par le maraîchage, les légumineuses et les céréales.

Pour les zones irriguées, la quasi-totalité des oliveraies bénéficient des travaux du sol pour la lutte contre les mauvaises herbes et la confection des cuvettes pour l'irrigation, près des plantations sont taillées tous les ans ou tous les deux ans et la moitié bénéficient d'un apport d'engrais de couverture et quelquefois d'engrais de fond.

1.5 - Rendements et productions

Les rendements en bour demeurent faibles et oscillent entre 0,5 à 1,5 T/Ha. En irrigué, ces rendements varient de 1,6 à 3 T/Ha. La moyenne nationale, étant située à 1 T/Ha, reste au dessous des potentialités du secteur.

La production d'olive au niveau national est caractérisée par des fluctuations inter-annuelles importantes qui s'expliquent par l'effet conjugué de trois facteurs essentiels, à savoir :

  • L'alternance : phénomène physiologique caractérisant l'olivier ;
  • Les techniques d'entretien qui demeurent en général rudimentaires;
  • Les conditions climatiques, en particulier la pluviométrie.

La production prévisionnelle au titre de la campagne 2001/02 serait de l’ordre de 550.000 T, soit une hausse de 30% par rapport à la campagne précédente ; cette production est comparable à la moyenne des cinq dernières campagnes (560.000 T). Cette production engendrerait près de 50.000 T d’huiles d’olive et 90.000 T d’olives de table industrielles.

1.6- Transformation

Globalement, la production nationale d’olive est acheminée à hauteur de 65% à la trituration et 25% à la conserverie, les 10% restants, constituent les pertes occasionnées par les différentes manipulations et l’autoconsommation.

La transformation des olives se fait par un secteur moderne composé d’unités industrielles et semi-industrielles et par un secteur traditionnel constitué de conserveries artisanales et de maâsras.

En effet, le secteur moderne de transformation des olives compte actuellement 302 unités industrielles ou semi-industrielles détenant une capacité de transformation de prés de 544.000 T et se répartissent comme suit :

  • 255 unités de trituration des olives avec une capacité de trituration de près de 412.500 T ;
  • 47 conserveries d’olives avec une capacité de 76.500 T ;
  • 21 unités mixtes produisant conserves et huiles d’olive avec une capacité d’environ 118.500 T (55.000 T pour les conserves d’olives et 63.500 T pour la trituration) ;
  • 2 unités spécialisées dans l’extraction de l’huile de grignon.

Quant au secteur traditionnel, il compte 16.000 maâsras, dont la capacité de trituration est de 170.000 T.

1.7- Commercialisation

1.7.1- Marché intérieur

La production d’huile d’olive est principalement destinée au marché intérieur. En année de forte production les exportations peuvent porter sur une partie relativement importante de celle-ci. Les huiles d’olive commercialisées sous forme conditionnée sur le marché local portent sur environ le tiers de la production, les deux autres tiers sont écoulés en vrac.

Quant aux olives de table, environ les 2/3 de la production sont issues des conserveries industrielles et près du 1/3 est obtenu au niveau des unités artisanales. La production d’olives de table écoulée sur le marché local se caractérise par une gamme diversifiée de produits : olives vertes, olives noires, olives tournantes, dénoyautées, confites, farcies,…etc. Ces produits sont commercialisées en grande partie en vrac.

1.7.2- Exportation

Les exportations moyennes des cinq dernières campagnes (1996-2000) sont de l’ordre de 68.600 T de conserves d’olives (Maroc 2ème exportateur mondial) et 13.400T d’huiles d’olives. Les exportations des conserves d’olive sont constituées essentiellement d’olives vertes et noires (95%). Les 5% restants sont constituées d’olives tournantes (3%), d’olives farcies (1,5%) et d’autres modes de préparation (0,5%). Près de la moitié de ces exportations portent sur des olives en vrac (fûts).

Il convient de signaler que les principaux pays importateurs des olives de table marocaines demeurent la France, les USA, l’Italie et l’Allemagne, alors que les exportations marocaines en huiles d’olives sont destinées principalement vers les USA, l’Espagne et l’Italie.

2- Contraintes du secteur

La valorisation optimale des potentialités naturelles du secteur oléicole se heurte encore à de nombreuses contraintes techniques dont les principales sont :

  • L'exiguïté prononcée des exploitations et le morcellement des parcelles limitant souvent tout effort visant l'intensification de la culture ;
  • La prédominance de la variété population Picholine marocaine qui, malgré son pouvoir d'adaptation et sa double finalité, présente certains inconvénients, notamment sa sensibilité à certaines maladies, son fort indice d'alternance et sa faible teneur en huile d'olive, ne dépassant guère 18% ;
  • La faiblesse des hauteurs pluviométriques enregistrées au niveau de certaines zones oléicoles conjuguée à l'irrégularité inter et intra annuelle de ces précipitations et à la fréquence élevée du Chergui ;
  • Les pratiques culturales souvent traditionnelles et liées au caractère polyvalent des exploitations et à l'absence de régions spécialisées en oléiculture ;
  • L’enclavement et l'éloignement des zones de production et l'absence d'organisations professionnelles ce qui entrave les opérations de collecte des olives et d'approvisionnement des unités de transformation ;
  • La vétusté des équipements des unités industrielles de transformation et la technologie rudimentaire pratiquée au niveau des maâsras ce qui engendre des pertes importantes aussi bien en qualité qu’en quantité.

III- Perspectives d’avenir

L’accroissement de la demande en huiles et conserves d'olive au niveau des marchés international et national durant les dernières décennies, les atouts et les potentialités naturelles de notre pays en matière d'extension et de développement de l'oléiculture concourent en faveur d’une stratégie d'intervention pour l'intensification du système de production actuel. Cette stratégie se base également sur la recherche d'une meilleure efficience économique au niveau des différentes composantes de la filière oléicole.

Cette stratégie repose sur les principes suivants :

  • Adoption de l'approche participative afin d'impliquer l'ensemble des intervenants à l'effort de développement et de promotion du secteur ;
  • Canalisation des efforts des différents opérateurs dans un cadre de partenariat afin de créer des synergies utiles et nécessaires de nature à favoriser l'ensemble des composantes de la filière oléicole;
  • Ciblage des zones d'intervention sur la base de critères techniques et agro-économiques pour une efficience plus accrue des actions entreprises ;
  • Développement de la coopération avec les organismes internationaux et l'instauration des liens de partenariat entre les professionnels marocains et étrangers afin de stimuler l'investissement dans le secteur.

3.1- Axes d’intervention du plan national oléicole

Pour atteindre ces objectifs, le PNO envisage à adopter une stratégie de développement de la filière oléicole basée sur les axes d'intervention suivants :

  • L'intensification de la conduite du patrimoine oléicole existant sur une superficie de 260.000 ha, soit un rythme annuel de 22.000 Ha/an. Cette action consiste en l’adoption d’itinéraires techniques adéquats et la restructuration des plantations âgées et/ou mal formées (taille de rajeunissement ,....) ;
  • L'extension des superficies plantées en olivier afin de porter l'étendue du verger oléicole national à 1 million d'hectares à l'horizon 2010 par la plantation de 42.000 Ha annuellement ;
  • L'organisation de la profession ;
  • La modernisation de l'outil de transformation et la promotion de la qualité.

3.2- Mesures d’accompagnement

La concrétisation de ce programme d'intervention nécessite la mise en œuvre de plusieurs actions et mesures visant la sensibilisation des différents intervenants dans la filière oléicole et leur incitation à œuvrer pour la réalisation des objectifs escomptés.

Les principales actions et mesures prévues dans ce cadre sont :

  • L'incitation à la réalisation des opérations d'entretien et de restructuration des oliveraies par l'octroi d'une subvention de 50% du prix d'acquisition du petit matériel agricole utilisé dans ce cadre;
  • La protection phytosanitaire du verger oléicole par la création d'un réseau d'avertissement agricole au niveau des principales zones oléicoles ;
  • La création de vergers pilotes de démonstration des nouvelles techniques d'intensification des systèmes de production ;
  • L'instauration d'une prime à la création de nouvelles oliveraies de l'ordre de 1.800 DH/ha pour les zones bour et de 2.600 DH/ha pour les zones irriguées ;
  • La modernisation des systèmes de production de plants en incitant les pépiniéristes à s'équiper en matériel adéquat et à assurer la multiplication des variétés et clones sélectionnés ;
  • La modernisation des maâsras par la mise à la disposition des organisations professionnelles, à titre pilote, de petites unités modernes de trituration des olives ;
  • L'octroi d'une prime à l'investissement pour l'installation et la modernisation des équipements de transformation des olives ; le montant de cette aide est fixé à 5.000 DH/T de capacité pour les unités à capacités moyennes (< 50 T/J) et 3.500DH/T de capacité pour les grandes unités (> 50 T/J) ;
  • Le renforcement de l'organisation professionnelle et interprofessionnelle ;
  • La promotion de la recherche appliquée et l'intensification du transfert de technologie ;
  • L'établissement de textes spécifiques fixant les conditions de collecte des olives, et d'installation et d'agréage des unités de transformation ;
  • Le renforcement des services de contrôle, d'analyse et d'évaluation qualitative des productions oléicoles ;
  • Le renforcement des structures de formation par la création, au sein des établissements d'enseignement agricole existant au niveau des principales zones oléicoles, de sections spécialisées en oléiculture ;
  • L'institution d'un Comité Oléicole National, dont les prérogatives seront le suivi du secteur.

3.3- Réalisations des principales actions du Plan National Oléicole

3.3.1- Extension des superficies

La superficie oléicole au niveau national est passée de 500.000 Ha en 1997/98 (avant lancement du PNO) à 550.000 Ha actuellement, soit un taux d’ accroissement de 10%. Le rythme de plantation enregistré au cours des trois dernières campagnes (1998/99 à 2000/2001) est de 16.700 Ha/an, soit seulement 40% du rythme d’extension programmé (42.000 Ha/an). Les extensions enregistrées sont réalisées dans le cadre de plusieurs programmes et opérations, notamment :

  • Distribution de 3.000.000 plants d’olivier subventionnés à hauteur de 80% du prix d’achat par l’Etat pendant la première année du lancement du PNO (1998/99), soit une superficie de 18.000 Ha (taux de reprise : 75%, densité moyenne : 125 plants/Ha) ;
  • Prime à l’investissement, incitation ayant remplacé la distribution de plants subventionnés, évaluée à 1.800 DH/Ha en bour et à 2.600 DH/Ha en irrigué ; les réalisations sont restées très timides, ne dépassant guère une moyenne de 1.000 Ha par campagne ;
  • Programme de développement de l’arboriculture fruitière en zones Nord, lancé en 1997/98 et qui a concerné, entre autres, les plantations d’olivier au niveau des provinces de Taza, Taounate, Al Hoceima et Nador. Les réalisations ont porté, jusqu’à présent, sur une superficie de 10.300 Ha dont 5.000 Ha plantés en 1999/2000 et 5.300 Ha réalisés en 2000/2001, soit près de 65% du programme global retenu (15.800 Ha) ;
  • Programme de plantation d’olivier au niveau des zones marginales qui consiste en la distribution gratuite de plants certifiés d'olivier au profit des agriculteurs non éligibles à la prime. La réalisation de ce programme a porté sur la plantation de 2.300 Ha au cours du 2ème semestre 2000 et 3.000 Ha pour l’année 2001 ;
  • Programme de plantation d’olivier au niveau des zones sinistrées pour la reconstitution des oliveraies décimées sous l’effet des calamités naturelles ou des aléas climatiques. Les réalisations ont porté sur la plantation de près de 340 Ha lors du 2ème semestre 2000 et près de 450 Ha pour l’année 2001 ;
  • Projets de Mise en Valeur en Bour où les réalisations en matière de plantations oléicoles durant les trois dernières campagnes ont atteint près de 7.200 Ha, réparties au niveau de plusieurs régions ;
  • Plantations réalisées par les agriculteurs en dehors de tout programme et action de l’Etat, sur une superficie de 7.800 Ha au cours des trois dernières campagnes.

3.3.2- Réhabilitation

La superficie totale retenue pour entreprendre les actions d’intensification correspond au potentiel améliorable, soit 260.000 Ha, à raison de 22.000 Ha/an. Cet objectif a été globalement atteint grâce à la mise en œuvre de plusieurs actions, en l’occurrence :

  • L’amélioration de la conduite des oliveraies dans le cadre des projets oléicoles régionaux. Les opérations effectuées ont porté sur la taille de rajeunissement, la taille d’entretien, la confection d’impluviums, la fertilisation et les traitements phytosanitaires.

Parallèlement à ces opérations, il y a lieu de signaler l’organisation de plusieurs journées de sensibilisation et de sessions de formation au profit des techniciens et des agriculteurs ;

  • La création de 62 vergers de démonstration pour le transfert de technologie en matière d’intensification des plantations oléicoles ;
  • La protection phytosanitaire de l’olivier dans le cadre des conventions de partenariat avec les Chambres d’Agriculture des principales zones oléicoles ;
  • Le programme d’intensification de la culture de l’olivier menés dans le cadre des PMVB et des actions de promotion de l’arboriculture au niveau des provinces du Nord réalisées de concert avec l’APDN.

3.3.3- Valorisation de la production oléicole

Dans l’optique d’améliorer les conditions de collecte, de transformation et de commercialisation des olives, un programme spécifique a été initié depuis 1998 dans le cadre du Plan National Oléicole, il consiste en la réalisation des actions suivantes :

  • Mise à la disposition des coopératives et des associations des agriculteurs, disposant d’un centre de collecte des olives et d’une superficie oléicole supérieure à 200 Ha, de petites unités de trituration des olives (capacité< 5 T/j) ;- 43 -
  • Equipement des centres de collecte construits par les agriculteurs en matériel technique de collecte et de manutention des olives (bascules, caisses, échelles).

Les réalisations durant les 3 premières années du Plan ont porté sur la dotation des coopératives et des associations professionnelles oléicoles en unités modernes de trituration des olives ayant une capacité de 2 à 3 Tonnes par jour.

Ainsi, 33 unités de trituration ont été distribuées dans le cadre des projets pilotes régionaux répartis comme suit :

Meknès : 4 unités dont 3 en système discontinu et 1 en système continu ;

Sidi Kacem : 5 unités dont 4 en système discontinu et 1 en système continu ;

Khémisset : 3 unités dont 1 en système discontinu et 2 en système continu ;

Sefrou : 4 unités dont 2 en système discontinu et 2 en système continu ;

Taza : 3 unités en système continu ;

Chefchaouen : 4 unités dont 1 en système discontinu et 3 en système continu ;

Taounate : 4 unités en système discontinu ;

Khénifra : 2 unités en système continu ;

Haouz : 4 unités dont 2 en système discontinu et 2 en système continu.

Par ailleurs, le programme relatif à l’exercice 2001 prévoit l’acquisition de 9 unités supplémentaires pour renforcer l’action de substitution des mâasras par des unités modernes.

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